Bernard Lavilliers : Enorme !
Bernard ce vieux briscard est toujours là ! Présent, majestueux, royal. Il en imposait sur la scène des Sarmouneys devant un parterre acquis à sa cause. Des seniors de sa génération qui se délectaient de ses paroles des chansons qui ont marqué leurs vies.
Avec ses talents de conteur, sa gouaille et ses positions très à gauche… il est un des rares artistes à donner du sens à la chanson française. De facto c’est l’auteur le plus prolifique de la scène française. Ses affinités vont de Juliette Gréco à Léo Ferré son maître absolu avec lequel il a partagé les Anarchistes et Est-ce ainsi que les hommes vivent, sur scène en 1992, un an avant sa disparition. Jimmy Cliff évidemment, Marley ou Cesaria Evora. Mais ce sont surtout les poètes qui l’ont inspirés : Guillaume Apollinaire, René Char, Nazim Ikmet, Louis Aragon, Blaise Cendrars... et tant d’autres.
Il est habité d’une formidable énergie sur scène alors qu’il fêtera ses soixante-seize ans en octobre prochain.
Les albums se suivent et ne se ressemblent pas. Il voyage, mais toujours avec un projet d’album et enregistrer. Carnets de bord, ensuite Samedi soir à Beyrouth, Causes perdues et musiques tropicales. Il raconte le monde, il se raconte aussi pétri dans ses contradictions. Il dénonce, vitupère, acclame ou déclame. Il est entier le Bernard comme le citoyen lambda. Son dernier opus « Sous un soleil énorme », sorti fin 2021, est un album à multiples facettes, polysémique et fantastique à la fois. On l’écoute religieusement, il nous fait du bien. A croire qu’il devrait être remboursé par la sécu. Allez Macron lâche un peu de thunes.
En communion avec le public de Luxey Bernard Lavilliers sait qu’on l’attend. Quelques reprises bine fagotées de On the Road Again, Idées noires, Spanish Harlem, Stand the ghetto, et surtout le mythique Mains d’or qui a clôturé en apothéose le concert. Il continue de tailler sa route. Un voyage commencé il y a près de quarante ans.
Avec en tête cette phrase de René Char, « La lucidité est la blessure la plus proche du soleil », Lavilliers entend bien battre Le cœur du monde comme personne, et Sous un soleil énorme traduit tant les inquiétudes que les désillusions d’un citoyen d’ici ou d’ailleurs.